sokaris73 posted a photo:
- Tu as la peau de la pluie comme les femmes de l'Asie. Tu as aussi la finesse des poignets, et aussi des chevilles comme elles, c'est drôle quand même, comment tu expliques...
Elle dit :
- J'explique pas.
Ils se sourient. Le désir revient. Ils cessent de se sourire. Il la rhabille. Et puis la regarde encore. La regarde. Elle, elle habite déjà le Chinois. L'enfant elle sait ça. Elle le regarde et, pour la première fois, elle découvre qu'un ailleurs a toujours été là entre elle et lui. Depuis leur premier regard. Un ailleurs protecteur, de pure immensité, lui, inviolable. Une sorte de Chine lointaine, d'enfance, pourquoi pas ? et qui les protégerait de toute connaissance étrangère à elle. Et elle découvre ainsi qu'elle, elle le protège de même que lui, contre des événements comme l'âge adulte, la mort, la tristesse du soir...
Marguerite DURAS
sokaris73 posted a photo:
Mes jambes et mes bras sont lourds,
mais moins lourds que ma tête.
Ce n'est plus une tête mais un abcès.
La vitre est fraîche.
ill. photographique, couverture du livre, Michèle Laverdac ©
ill. art. MODIGLIANI, "La Juive", vers 1908, huile sur toile, 55x46 cm.
sokaris73 posted a photo:
Il y a une grande différence entre dire les choses et ne pas les dire.
Marguerite Duras ©
agnesdeer posted a photo:
Pantchoa posted a photo:
Rue Saint Benoît, à Paris.
Où habitait Marguerite Duras.
Par Miss.Tic
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www.missticinparis.com/
sokaris73 posted a photo:
Je pourrais me tromper, croire que je suis belle comme les femmes belles,
comme les femmes regardées,
parce qu'on me regarde vraiment beaucoup.
Mais moi je sais que ce n'est pas une question de beauté mais D'AUTRE CHOSE,
par exemple, oui, d'autre chose, par exemple d'esprit.
Ce que je veux paraître, je le parais, belle aussi si c'est ce que l'on veut que je sois,
belle, ou jolie, jolie par exemple pour la famille, pour la famille, pas plus,
tout ce que l'on veut de moi je peux le devenir. Et le croire. Croire que je suis charmante aussi bien.
Dès que je le crois, que cela devienne vrai pour celui qui me voit et qui désire que je sois selon son goût, je le sais aussi.
Ainsi, en toute conscience je peux être charmante même si je suis hantée par la mise à mort de mon petit frère.
Marguerite DURAS, "L'Amant", 1984.
sokaris73 posted a photo:
Il la regarde. Les yeux fermés il la regarde encore. Il respire son visage. Il respire l'enfant, les yeux fermés il respire sa respiration, cet air chaud qui ressort d'elle. Il discerne de moins en moins clairement les limites de ce corps, celui-ci n'est pas comme les autres, il n'est pas fini, dans la chambre il grandit encore, il est encore sous forme arrêtées, à tout instant en train de se faire, il n'est pas seulement là où il le voit, il est ailleurs aussi, il s'étend au-delà de la vue, vers le jeu, la mort, il est souple, il part tout entier dans la jouissance comme s'il était grand en âge, il est sans malice, d'une intelligence effrayante.
Marguerite DURAS, "L'Amant".
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Peut-être doute-t-elle qu'il fallait le faire ou peut-être ne sait-elle pas qu'elle a déjà traversé l'espace de la rue qui les sépare.
Elle ne bouge pas tout d'abord.
Elle va lentement vers lui derrière la vitre.
Reste là.
Ils se regardent très vite, le temps de voir, de s'être vus.
La voiture est dans le sens inverse de sa marche à elle. Elle pose sa main sur la vitre. Puis elle écarte sa main et elle pose sa bouche sur la vitre, embrasse là, laisse sa bouche rester là. Ses yeux sont fermés comme dans les films.
C'est comme si l'amour avait été fait dans la rue, elle avait dit.
Aussi fort.
Le Chinois avait regardé.
A son tour il avait baissé les yeux.
Mort du désir d'un enfant.
Martyre.
(...)
Jamais, dans les mois qui avaient suivi, il n'avait parlé de la douleur effrayante de ce désir.
Marguerite DURAS, "L'Amant de la Chine du Nord".
image modifiée, extrait du film éponyme de Jean-Jacques ANNAUD, 1992.
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Il la regarde, Elle le voit. Elle baisse les yeux.
Elle le regarde aussi. Elle le voit. Elle se recule. Elle regarde le corps maigre et long, souple, parfait, de la même sorte de beauté miraculeuse que les mains. Elle dit :
- Tu es beau comme j'ai jamais vu.
Le Chinois la fixe comme si elle n'avait rien dit. Il la regarde, il est occupé à ça seulement, la regarder pour après retenir en lui quelque chose de ça qui est devant lui, cette enfant blanche. Il dit :
- Tu dois toujours être un peu triste, non...
Silence. Elle sourit, elle dit :
- Toujours un peu triste ... ? Oui... peut-être... je ne sais pas...
- C'est à cause du petit frère...
- Je ne sais pas...
- ... c'est quoi ?
- C'est rien... c'est moi... je suis comme ça...
- C'est ce que dis ta mère ?
- Oui.
- Elle dit comment ?
- Elle dit : il faut la laisser tranquille. Elle est comme ça et elle le restera.
Marguerite DURAS
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La nuit, je me réveille,
dans la nuit le vide de l'absence est énorme,
la peur traverse, terrible.
ill. photographique, couverture du livre, Michèle Laverdac ©
ill. art. MODIGLIANI, "Tête de jeune femme", 1908, huile sur toile, 55x57 cm.
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Parce que d'une seconde à l'autre seconde il va peut-être mourir,
mais que ce n'est pas encore fait.
Ainsi seconde après seconde la vie nous quitte nous aussi,
toutes les chances se perdent,
et aussi bien la vie nous revient,
toutes tes les chances se retrouvent.
Marguerite DURAS, "La Douleur".
ill. photographique, couverture du livre, Michèle Laverdac ©
ill. art. MODIGLIANI, Nu [Nudo dolente], 1908, huile sur toile, 81x54 cm.
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[de Marguerite Duras]
avec Dominique BLANC
au Théâtre des Amandiers
mise en scène par Patrice Chéreau et Thierry Thieü Niang ©
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